ACTUALITÉS SUR LES LYMPHOMES À L’EHA 2022

Publié le : 21 juin 2023Tags:

Pour cette édition 2022 de l’EHA, l’immunothérapie a encore caracolé en tête dans les hémopathies lymphoïdes, avec une timide émergence en dehors du spectre B.

Lymphomes B agressifs

On peut retenir les deux présentations des bispécifiques anti-CD20 x anti-CD3, en monothérapies : epcoritamab S/C
(C. Thieblemont, #LB2364) et glofitamab IV (M. Dickinson, #S220). Les résultats de la phase 2 de la cohorte d’expansion de dose de l’essai EPCORE NHL-1 (phase 2) ont été présentés. Avec une dose finale de 48 mg, 157 patients (majoritairement des LDGCB, 89%) ont été traités jusqu’à intolérance ou progression. Avec un suivi médian de 10,7 mois, le taux de réponse global était de 63% dont 39% de RC, et une durée médiane de réponse de 12 mois. La médiane de SSP est très courte (4,4 mois), cependant, pour les patients en rémission complète la durée de réponse est excellente (89% de répondeurs à 9 mois). La majorité des CRS (50% des patients) est intervenue au cours de la première injection de dose totale (48 mg), sans toxicité inattendue.

Concernant le glofitamab, les résultats de la cohorte d’expansion de dose sont également présentés (30 mg). Le traitement par glofitamab était donné pour une durée fixe de 12 cycles, avec prétraitement par obinutuzumab. Une majorité de LDGCB (71%) a été traitée pour un total de 107 patients. Avec un suivi médian de 12,6 mois, le taux de réponse globale était de 51% dont 39% de RC, avec une durée médiane de réponse de 18 mois. La SSP médiane est à nouveau très courte (4,9 mois). De façon similaire, 63% des patients ont eu un CRS, gérable également.

Pour les deux molécules : on note des réponses post CAR T cells, d’un point de vue des toxicités les CRS sont gérables et la majorité des arrêts de traitements sont secondaires aux progressions, quelques ICANs, de faibles grades sont à noter. Enfin, il existe un groupe de patients qui ne tire aucun bénéfice de ces traitements (comme en témoigne la SSP médiane de moins de 5 mois pour les deux molécules) et pour lequel tout reste à étudier.

Lymphome folliculaire

Une mise à jour de l’essai GALLIUM a été présenté par William Townsend (#S206), avec un suivi médian de 7,9 ans. Cet essai qui comparait R-Chemo à Obi-Chemo (CHOP/CVP ou bendamustine, 2 ans de maintenance anti-CD20, à suivre), en première ligne des LF de forte masse. L’analyse principale mettait en évidence une amélioration de la SSP en faveur d’obinutuzumab.

On retient de la mise à jour de cet essai qui a inclus 1202 patients que : 1) l’avantage en SSP se maintient (HR=0.77, IC 95%=0.64-0.93) ; 2) que cet avantage semble prépondérant pour les patients avec un FLIPI Inter/Haut. Au-delà de ces observations, la traduction clinique est une amélioration du temps jusqu’à un nouveau traitement (HR=0.71, IC 95%=0.58-0.87), sans incidence sur le taux de transformation. Les survies globales sont identiques entre les deux bras. À noter un peu plus de toxicité avec l’obinutuzumab mais sans différence en termes de mortalité spécifique au bras de traitement.

Maladie de Hodgkin

Une incursion dans le monde de la radiothérapie, l’équipe allemande (P. Bröckelmann, #S203) a présenté les résultats intérimaires de l’étude AERN qui étudie l’effet de la radiothérapie comme sensibilisateur aux anti-PD1 dans la maladie de Hodgkin (induction d’une réponse anti-tumorale systémique, effet abscopal). Pour 29 patients inclus (progressifs ou stables à 6 mois de l’initiation d’un traitement anti-PD1), une radiothérapie de 20Gy a été réalisée associée à 6 injections de nivolumab. À l’évaluation de 6 mois, 56% des patients ont répondu (RP) et un effet abscopal (à distance de la radiothérapie) a été noté dans 56% de ces patients (n=5). Ce n’est pas une révolution, mais sans toxicité et avec ces chiffres de réponse, nous surveillerons les résultats définitifs de cette étude pour des patients avec très peu d’options à l’heure actuelle.

Lymphomes T

Pour les lumphomes T, l’avenir des techniques de CAR T cells est dans l’allogénique. L’abstract #S262 a montré les résultats de patients atteints de PTCL traités par un CAR T cells allogénique anti-CD70 (CTX130). Avec 70% de réponse globale aux fortes doses on peut dire que quelque chose bouge enfin ! À noter que dans cet essai, l’obtention d’une réponse était une chance pour l’allogreffe. À suivre… !

Benoît TESSOULIN, Nantes.

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